La France face au défi de la dénatalité : un avenir à réinventer, par Garance Ferbeck

07/01/2026

La France, longtemps portée par une démographie dynamique, connaît depuis plusieurs années une baisse marquée de la natalité, tandis que l'espérance de vie continue de progresser.

Alors que le croisement des courbes était censé avoir lieu en 2027, les chiffres de l'Insee ont montré que le nombre de décès a dépassé le nombre de naissances sur un an, entre mai 2024 et mai 2025. C'est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Au niveau de l'Union européenne, le solde naturel est négatif depuis 2012. La France faisait partie des derniers pays de la zone à pouvoir revendiquer un solde naturel positif : cette inversion du solde naturel français classe désormais la France dans la majorité des pays de l'Europe des vingt-sept.


Un phénomène expliqué par la baisse de la fécondité, et une tendance haussière de la mortalité du fait du vieillissement des personnes nées durant le baby-boom

Dans un rapport paru en 2025, l'Ined constate que la fécondité a diminué en France ces dernières années (de 2 enfants par femme en 2014 à 1,6 en 2024) : la baisse des intentions de fécondité est beaucoup plus marquée pour les jeunes adultes de moins de 30 ans, et cela quel que soit le groupe social d'appartenance.

Les raisons de ce moindre souhait d'enfants se résument autour de quatre dimensions, certaines anciennes :

  • Des aspirations professionnelles évolutives (priorité donnée à la carrière pour certaines femmes, retardant l'âge du premier enfant) ;

  • Un manque d'infrastructures de garde (qui peut complexifier l'organisation quotidienne).


Et d'autres plus prégnantes ces dernières années :

  • Un contexte économique incertain (coût de la vie élevé, précarité professionnelle, difficultés d'accès au logement…) ;

  • Des facteurs environnementaux et sociétaux (la peur liée à l'avenir climatique et les préoccupations écologiques influencent le désir d'enfants ; par ailleurs, les exigences croissantes en matière d'éducation et la pression parentale moderne peuvent décourager certains jeunes).

Ce double phénomène (dénatalité et allongement de l'espérance de vie) entraîne un vieillissement généralisé de la population avec des conséquences majeures sur les plans humain, économique et sociétal.

Sur le plan humain, cette transformation se traduit par un vieillissement rapide de la population : d'ici 2040, près d'un tiers des Français auront plus de 60 ans, créant de nouveaux défis en termes de cohésion sociale, d'isolement des personnes âgées, et de solidarité intergénérationnelle. Les jeunes deviennent une ressource démographique précieuse, avec des tensions accrues sur la transmission des patrimoines, l'accès à l'emploi et le maintien d'un modèle de société solidaire.

Les enjeux économiques sont tout aussi préoccupants : le déficit de naissances entraîne une réduction de la population active, pesant sur la croissance, l'innovation et la compétitivité du pays. Le financement des retraites et de la santé est menacé à mesure que le ratio actifs/retraités diminue, risquant de fragiliser la pérennité du système social français. L'État doit également composer avec une baisse des recettes fiscales et une demande différente en termes de biens et services. 

Sociétalement, la dénatalité accentue les inégalités territoriales (certaines régions perdant plus de jeunes que d'autres), exacerbe la dépendance des personnes âgées, complique l'accès aux soins et appelle de nouvelles politiques publiques durables d'accompagnement familial et de soutien à la natalité pour maintenir la cohésion nationale et la justice sociale.

Alors quels sont les leviers d'action face à ces défis majeurs ?

Certains existent déjà et sont partiellement mis en œuvre selon les époques :

  • Renforcer le soutien direct à la natalité (revaloriser les aides financières aux familles et soutenir le coût du jeune enfant) ;

  • Favoriser la conciliation entre travail et famille (améliorer les congés parentaux et mieux adapter le travail à la parentalité) ;

  • Adapter le pays au vieillissement (soutien à l'autonomie, solidarité intergénérationnelle).

D'autres, dans le contexte actuel, pourraient être davantage explorés :

  • Agir sur le logement et les conditions de vie (lutte contre la pénurie de logements familiaux dans les grandes villes et soutien des territoires ruraux pour attirer les familles) ;

  • Restaurer la confiance des jeunes dans l'avenir (renforcement des politiques jeunesse et sécurisation des débuts de carrière) ;

  • Orienter les politiques liées au travail (hausse du taux d'activité chez les jeunes et les séniors, et développement de la robotique dans certains secteurs pour contrer la raréfaction de la main d'œuvre) ;

  • Intégrer la politique migratoire dans la démographie (compenser un solde naturel négatif par un solde migratoire positif, selon des critères correspondant aux besoins nationaux de main d'œuvre, comme certains de nos voisins européens le font) ;

  • Donner une cohérence stratégique nationale (intégrer l'impact démographique dans toutes les politiques publiques – urbanisme, éducation, emploi, santé).