
Nouveau talent : Ludivine Rey, ou les métamorphoses de l’humain


L'art de Ludivine Rey, jeune artiste parisienne, s'inscrit dans une réflexion profonde sur la multiplicité des identités, mais aussi sur ce qui les relie entre elles : la Terre et la nature. Une connexion essentielle que l'on a tendance à oublier, alors même que nous faisons partie d'un tout. À travers ses œuvres, l'artiste interroge cette dissociation fréquente entre notre être intérieur et notre rapport au monde naturel, comme si se reconnecter à la Terre permettait aussi de retrouver notre essence. Ludovica Costa, Responsable diversité et inclusion au sein de BloomTime, l'a rencontrée pour donner voix à ses œuvres. Voici notre dialogue sur l'art de cette édition.
Qu'est-ce que la multitude pour vous ?
Pour moi, la multitude représente la conscience de nos différentes facettes intérieures et la reconnaissance que nous pouvons être multiples à la fois. C'est accepter que l'on puisse ressentir, penser et se comporter de manières diverses, parfois même contradictoires, et que ces variations font partie de notre identité. C'est aussi prendre conscience des moments où l'on se dissocie de soi-même, où notre personnalité semble fragmentée, et apprendre à accueillir cette pluralité comme une richesse plutôt qu'une faiblesse.
Pourquoi avoir choisi de travailler sur le thème de la multiplicité de l'identité ?
C'est lié à mon propre vécu. J'ai traversé une période où ma personnalité s'est fragmentée. À cause d'une expérience médicale et neurologique, j'ai été dissociée de moi-même. Je ne savais plus qui j'étais. Le personnage social que je m'étais construit s'est effondré. Cette expérience m'a profondément marquée et j'ai ressenti le besoin de l'exprimer artistiquement. Dans votre travail, la conscience de soi semble aller de pair avec la relation aux autres.
Y a-t-il un ordre entre ces deux dimensions ?
Pour moi, tout commence par soi-même. S'accepter, accepter nos divergences et nos différentes facettes, c'est ce qui nous permet ensuite d'entrer en relation véritable avec les autres. Il faut d'abord passer par une acceptation personnelle pour créer des liens sincères, presque purs, avec autrui, mais aussi avec la nature.
Pensez-vous que c'est à travers la nature que l'on peut retrouver notre "moi" intérieur ?
Oui, notre essence. Reprendre conscience de ce que l'on est, de notre lien à la Terre, de notre être spirituel, mais aussi du lien qui existe entre chaque être humain. Cette conscience apparaît souvent dans mes peintures, même si elle peut sembler floue lorsqu'on essaie de l'expliquer avec des mots.
Parlez-vous aussi, à travers votre art, de la difficulté d'être différent dans notre société ?
Oui, clairement. La différence fait souvent peur. Qu'il s'agisse d'une autre manière de penser, de ressentir, ou d'une sensibilité différente. Certaines formes d'intelligence, comme l'intelligence émotionnelle, sont encore très peu reconnues. Pourtant, c'est cette intelligence qui me permet aujourd'hui de créer, de transmettre des émotions, que ce soit à travers la peinture, le théâtre ou la musique.
Créer, c'est donc une forme d'engagement ?
Oui. Se mettre au service de l'art demande du courage. Il faut accepter d'être vu, jugé, critiqué. Mais pour moi, l'essentiel est ailleurs : si une œuvre transmet quelque chose, provoque une émotion ou une réflexion, alors elle a déjà rempli son rôle.
Quel est votre objectif principal en tant qu'artiste ?
Faire passer un message de conscience. Conscience de soi, conscience de l'autre, conscience de quelque chose de plus grand que nous. C'est ce que symbolise aussi l'œil que l'on retrouve dans mes œuvres : non pas un regard de contrôle, mais un troisième œil, une ouverture vers l'univers et vers notre être intérieur.



Lorsque vous créez, pensez-vous à la réaction du public ?
J'essaie de trouver un équilibre. J'ai un message précis à transmettre, mais je veux aussi laisser au spectateur la liberté d'interpréter l'œuvre à sa manière. C'est important que chacun puisse s'y reconnaître, avec sa propre sensibilité. Cette liberté rend, je crois, l'expérience plus profonde et plus personnelle.
Vos œuvres évoluent-elles avec vous ?
Oui, complètement. Nous traversons différents états de conscience, différentes étapes de vie. Ce tableau n'est pas figé : il évolue avec moi, avec mes expériences. Il est intemporel, dans le sens où il accompagne le mouvement intérieur de l'être humain tout au long de sa vie...